Gérer un cash-game ou un tournoi


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Chercher à être chipleader ou pas ?

Dans un tournoi qui dure plusieurs heures, voire plusieurs jours, on peut passer par des phases très différentes de jeu. Savoir gérer ces phases est indispensable pour tout joueur qui décide d'aller loin dans la compétition et ainsi rentrer dans les places payées. Typiquement un tournoi (qu'il soit sur Internet ou dans de vrais cercles de jeu) rémunère 10% des participants, et ce de manière progressive. Le prix d'inscription du tournoi, multiplié par le nombre de joueurs, forme un prizepool qui sera distribué parmi les 10% gagnants, selon leurs places finales. Un tournoi possède une structure qui change d'heure en heure: les blindes de chaque tour doublent et les joueurs doivent donc prendre plus de risques à chaque coup, avec le temps qui passe.
Être un des chipleaders (premier en jetons) dans un tournoi est à la fois un grand avantage mais aussi un grand risque. Il est en effet assez rare qu'un chipleader des premières heures se maintienne jusqu'au bout en tête, même lorsqu'il profite d'une très large avance. Lors du plus grand tournoi des championnats du monde WSOP en 2006, la règle a été démentie, en couronnant deux compétiteurs qui avaient fait la course en tête depuis le premier jour (sur les dix jours de jeu au total. ..). En mode no limit, une partie de poker peut en effet basculer d'un moment à l'autre.

Gestion du tapis

La position de chipleader ne doit donc pas empêcher le joueur de rester vigilant quant à sa pile de jetons devant lui. Comme vous l'avez vu lors de la partie précédente, l'importance n'est pas tant la somme totale de jetons possédés que la moyenne des jetons en jeu chez les joueurs. C'est le rapport X entre la somme des blindes d'un coup et la hauteur de votre tapis. Pourtant, pratiquer un jeu serré/agressif quand vous devenez le chipleader peut rapporter beaucoup: vos adversaires connaissent votre large profondeur de tapis et savent que chacune de leur lourde relance (ou bluff) peut être payée. Ainsi, de manière générale, une table où un joueur possède beaucoup plus de jetons que les autres change très vite de physionomie: les petits tapis jouent à fond leurs grosses cartes très tôt dans le coup (ils pensent, fort justement, qu'ils seront payés par le très gros tapis, en cas de cartes même moyennes) tandis que les tapis moyens ont peur de rentrer dans les coups, de peur de se faire éliminer par le plus gros tapis. C'est donc aussi l'occasion pour le chipleader de maîtriser la table plus facilement: si un tapis moyen rentre dans un coup, fuyez car il se sent très fort; si les petits tapis hésitent, volez les blindes et poussez-les à la faute en les maintenant constamment sous pression. Il est toujours intelligent de forcer les plus petits tapis à prendre des risques de moins en moins maîtrisés, en leur interdisant de profiter des blindes de leurs adversaires et en les sur-relançant quand vous ne les sentez pas assez forts pour tout miser sur ce coup. C'est la tactique du card dead;', c'est-à-dire pousser lentement les joueurs les plus faibles en jeton vers la sortie. Votre hauteur de tapis impressionne les joueurs qui, quand ils vous voient entrer dans un coup, savent que leur tapis en intégralité est mis en danger. N'abusez pas pour autant de votre position de force pour payer tous les coups: plus que jamais vous allez devoir jouer en relance/sur-relance et de moins en moins en call. Vous ne devez en effet pas donner l'impression de chercher des cartes providentielles, activité que vous permet votre large avance. C'est typiquement ce genre d'attitude qui vous fera perdre énormément de jetons.

Le bon tempo

De la même façon, remettez toujours en perspective vos pertes de jetons quand vous êtes chipleader. Si en début de tournoi vous aviez 1500 jetons, et que vous êtes montés très rapidement à 20000, tandis que vos adversaires ont encore en moyenne 2000 jetons, vous ne devrez jamais perdre de vue que la perte d'un dixième de votre tapis est équivalente à la perte d'un tapis entier de votre adversaire. Ne laissez donc pas filer 2000 jetons à cause d'un cali hasardeux: votre intelligence de jeu doit rester la même pour faire fructifier votre avance.
Beaucoup de grands professionnels vous le diront: dans un tournoi, l'important est d'être dans le bon tempo, pas d'être premier lors de la première heure de jeu. La plupart du temps ceux qui se placent aux avant-postes très vite explosent en plein vol: un tournoi est une compétition de longue durée, où il faut savoir ménager ses risques et son jeu, et passer par de longues traversées du désert, quand vous ne touchez aucune bonne main. Les grands joueurs sont rarement les chipleaders des premiers stades d'un tournoi; par contre, ils savent changer de rythme au tournant des compétitions, quand les blindes sont hautes et que les autres joueurs sautent tous un par un. Il y a également deux façons d'envisager le tournoi de poker: jouer pour la première place ou jouer pour entrer dans les places payées. Un amateur possède le deuxième objectif et tentera souvent de gérer son avance de tapis pour finir dans les dix premiers pour cent des joueurs, afin de rembourser son inscription au tournoi et grappiller un peu de liquidité. Un professionnel n'a que faire de se faire rembourser son inséription: il est là pour entrer dans les huit derniers joueurs, ceux qui sont de loin les mieux payés. Il saura ainsi prendre énormément de risques dans le dernier quart du tournoi afin d'arriver avec assez de jetons sur la table finale, face à ses sept ou huit derniers adversaires.

Cash-games

En cash-game, le problème du leadership est très différent: là encore, posséder le plus de jetons à table est un avantage, mais il faut l'optimiser et prendre en compte tous les dangers inhérents à cette situation. Typiquement, un joueur n'a pas le droit de retirer des jetons à son tapis lorsqu'il joue en cash-game.

Mode limit

Bien évidemment ces considérations sur le chiplead sont intéressantes dans le cas d'une partie de no limit. Comme on l'imagine, en mode limit (où les relances sont plafonnées), la position de chipleader est beaucoup plus forte Car moins fragilisée par les autres tapis. Elle s'acquiert, fort logiquement, beaucoup plus difficilement et lentement.
Dans le cas d'une partie pot limit, la problématique est très proche du no limit, puisque deux ou trois relances consécutives, dans une structure de jeu où les blindes sont élevées, peuvent suffire à forcer les joueurs à faire tapis.

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