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Quand on évoque le jeu de poker aux débutants, ils nous renvoient toujours le terme de "bluff". Mais le bluff, finalement, c'est quoi? Dans une action de jeu, on catégorisera sous ce terme toute main faible sur-jouée qui permet au détenteur de cette main de faire coucher tous ses adversaires.
Le bluff n'est pas une activité toujours facile et tranquille à effectuer. Plus votre niveau de jeu (et celui de vos adversaires) va augmenter, plus le bluff sera important à contrôler. Avant de jouer en bluff, jaugez bien vos adversaires: vous semblent-ils pervers dans leur manière de jouer? Ne seraient-ils pas du genre à jouer lentement (le slowplay) de bonnes mains, afin d'attendre un bluffeur en mal d'action (vous!)? Au contraire, ne payent-ils pas toutes les mains, de façon très amateur, en espérant toucher une carte providentielle? Ce dernier type de joueur est d'ailleurs un des pires ennemis à court terme du joueur un tant soit peu expérimenté. En effet la plupart des débutants sont ce que l'on appelle des calling stations (les "bons payeurs"), c'est-à-dire des joueurs qui payent toutes les relances s'ils estiment qu'ils ont un bon jeu en main (même si ce n'est souvent pas du tout le cas).
Au poker, l'attaque est prédominante: on dit souvent qu'il faut toujours attaquer le plus tôt possible, avant d'éviter de mauvaises rencontres. Si vous sentez vos adversaires faibles, car ils ne relancent pas ou peu et semblent douter de la qualité de leurs cartes, effectuez une sur-relance, placez un bluff assez dissuasif pour les sortir du jeu. C'est notamment le cas pour une main moyenne. Le "continuation bet" qui consiste à faire une relance même sans rien avoir en main, afin de faire croire à la validité de votre jeu, est très utile quand vous êtes soit le premier à parler au flop (dangereux mais efficace), soit le dernier (plus attendu, mais moins périlleux). Il permet de ne pas perdre un assez large pot que vous avez déjà relancé avant le flop. Par ce type de bluff ou semi-bluff, vous faites également respecter vos relances d'avant flop et dissuadez vos futurs adversaires de rentrer dans une main avec des cartes moyennes. Plus la partie avancera, plus il vous sera donc difficile d'imposer vos continuation bet sur des flops constitués de cartes hautes. Soyez également cohérents dans vos bluffs: si vous relancez une main avant le flop de 4 à 5 fois la grosse blinde, suivez votre bluff au flop si vous sentez vos adversaires en mauvaise posture. Ne laissez jamais voir gratuitement une carte supplémentaire à vos adversaires: s'ils veulent parier sur leur bonne étoile, faites-leur payer, assez pour qu'ils hésitent et pas trop pour ne pas perdre la moitié de votre tapis sur un bluff payé et ensuite perdu.
Evidemment, le bluff n'est qu'une partie intégrante du jeu: il ne doit pas être pratiqué en permanence. D'une manière générale, il vous faudra varier votre jeu et vous faire oublier pendant quelque temps quand un de vos bluffs aura été un peu trop voyant, même s'il a été respecté et que personne n'a suivi. Dans ces cas-là, resserrez votre jeu et montrez quelques bonnes mains intelligemment jouées pour imposer à nouveau une certaine crédibilité à vos mains. Un bon bluffeur pratique d'ailleurs le plus souvent le semi-bluff : il joue des petites paires car il juge qu'aucune grosse paire n'est encore apparue; il relance fort sur des tirages suite ou couleur quand il sent que personne n'a encore rien en main de très valable; il tente de faire passer ses cartes moyennes pour la main majeure. Le bluffeur sait également s'arrêter (comme dans notre premier exemple, où il sent que son adversaire touche par chance un As à la dernière carte), afin de minimiser ses pertes. L'intelligence au poker réside dans le fait de ne pas payer son adversaire quand on sent que son bluff n'a pas réussi ou que sa main, auparavant dominatrice, est en passe d'être battue. Une des données également très importante dans le bluff est le montant des relances que vous effectuez; n'allez pas risquer tout votre tapis en début de tournoi sur un bluff un peu bancal pour voler quelques jetons. Si votre bluff ou semi-bluff possède une possibilité de tirage ou de paire inférieure à 50%, n'allez pas mettre en jeu plus que les jetons présents dans le pot, ce serait prendre un risque trop important.
Le poker, en mode "no limit", est le jeu idéal pour pratiquer l'art de la sur-relance. La plupart du temps, les joueurs débutants ne pratiquent pas la sur-relance, préférant simplement payer un coup qu'ils estiment en bluff. C'est une erreur car la sur-relance est très efficace pour contrer un bluff très tôt dans l'action (sur un autre bluff ou semi-bluff), faisant croire que vous avez slowplayé (joué lentement) votre main. C'est la stratégie du checkraise que nous explorerons plus tard, qui consiste à checker une main, pour la sur-relancer au même tour, semant le doute chez vos adversaires, qu'ils soient en bluff ou non.
Le bluff se joue également parfois sur un simple changement de rythme, une rupture en pleine main qui désarçonne votre adversaire. Comme nous l'avons vu, le poker est avant tout une lutte psychologique où vous n'avez qu'un but: cacher la réalité de votre main, soit en brouillant totalement la vision des autres compétiteurs, soit en leur communiquant une fausse information. Le bluff n'est donc pas uniquement la tentative de rafler un pot avec une mauvaise main, c'est aussi tout simplement abuser du manque d'information que possèdent vos adversaires.