L'art des mains " à faire "


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À vous de bien savoir évaluer la force de ce tirage, la cote immédiate qui vous est offerte, et idéalement votre cote implicite. Armé de cet arsenal technique, vous saurez faire de ces petites mains de véritables machines à gagner. Partie de Poker vous explique comment.

Comment jouer les connecteurs assortis ?

Avant de commencer, une rapide définition s'impose. Par connecteurs assortis ou suited connectors, nous entendons ici les mains de 3-2 assortis à DV assortis, que nous noterons DVs, " s" pour " suités " ou " suited " en anglais. Nous excluons RD et AR, qui sont des mains qui ont un potentiel important, indépendamment de leur caractère assorti et consécutif.
Ces suited connector sont des mains intéressantes pour le potentiel de tirage, de suite, de couleur ou des deux, qu'elles portent en elles. Or, par essence, le Hold'em No Limit est avant tout un jeu de cote implicite: à tout moment, vous pouvez gagner le tapis de l'un de vos adversaires, ou perdre le vôtre ! De fait, lorsque les tapis des joueurs en présence sont profonds, il est possible pour le joueur avancé de relâcher un peu ses critères de sélection de mains de départ, espérant que son expertise du jeu après le flop compensera son désavantage initiai. Tous ceux qui ont vu Gus Hansen jouer en tournoi comprennent ce dont je veux parler ici. En l'espèce, les petits connecteurs assortis (les mains du genre 5 4) font sans conteste partie des mains que les bons joueurs de No Limit rajoutent à leur éventail de mains de départ lorsque la situation s'y prête. De même, les fameuses mains pièges telles que DVs peuvent devenir jouables, grâce à leur connectivité et à leur potentiel de couleur. Examinons donc les facteurs à prendre en compte lorsque vous considérez de jouer ces mains ou pas, ainsi que les possibilités qui s'offrent à vous après le flop.

LA PROFONDEUR DES TAPIS

Alors que la première leçon de poker que l'on vous a donnée consistait probablement à dire qu'il fallait jeter les mains faibles avant le flop, vous constatez avec surprise que les plus forts joueurs de tournoi s'en donnent à cœur joie avec des mains du type 8-5s, encore plus faibles que des connecteurs suités. Quel est donc leur secret ?
Tout simplement, ces joueurs jouent énormément plus de mains dans les premiers stades des grands tournois parce que la profondeur des tapis est telle que l'essentiel des décisions critiques se prendra après le flop. Cela leur permet de rentrer dans le coup avec des mains plus faibles, espérant toucher un flop énorme, et récupérer des dizaines de fois leur investissement initiai. Et de fait, c'est finalement ce que vous espérez lorsque vous jouez une main comme 4-5s. Il est donc extrêmement important de vérifier, avant de jouer votre main, que la profondeur des tapis en présence est suffisante. En effet, vous ne toucherez que rarement une main forte du type suite ou couleur. Assurez-vous donc qu'il y a beaucoup à gagner lors de ces trop rares moments de bonheur pokeristique.
L'une des premières règles à observer est d'éviter de jouer des connecteurs suités depuis les premières positions dès lors que la profondeur de tapis effective est de moins de 20 grosses blindes. Considérons par exemple que vous êtes en deuxième position avec une main comme 7-8s, avec 200 euros de tapis,dans une partie où les blindes sont de 5-10. Le premier joueur Iimpe, et vous payez vous aussi. Tous vos adversaires passent jusqu'au bouton, qui relance à 50 euros. Seul le premier joueur paye, et il y a donc 125 euros dans le pot. Vous décidez de suivre, et le flop est 5-6-R. Le premier joueur mise 100 euros. Vous avez floppé un bon tirage, mais comme vous avez investi trop d'argent avant le flop, votre cote implicite est détruite. C'est un problème que vous auriez pu éviter directement en passant votre main avant le flop, ou au moins en passant après la relance. De même, lorsque vous êtes confronté à une relance avant le flop, ne vous engagez pas avec des connecteurs suités à moins que votre tapis restant ne représente au moins quinze fois le prix de la relance. Cela vous assurera d'avoir assez de munitions dans le cas où vous touchez une bonne main.

LA FORCE DE LA POSITION

Plus encore qu'avec tout autre type de main, il est extrêmement important d'avoir une position favorable lorsque vous jouez des connecteurs suités. Ces mains étant par essence des mains de tirage, être en fin de parole peut vous permettre alternativement :
de bénéficier d'une carte gratuite lorsque vos adversaires checkent ;
de tenter de voler le coup lorsque vos adversaires checkent ;
d'avoir toutes les informations nécessaires sur la cote qui vous sera offerte pour votre tirage, et d'agir en conséquence ;
d'obliger votre adversaire à une décision lorsque vous complétez votre tirage, ce qui vous donne tous les renseignements nécessaires sur ses intentions pour rentabiliser au mieux votre main.
Avant le flop, il est donc critique d'évaluer si vous aurez une bonne position absolue (c'est-à-dire si vous êtes au bouton ou proche du bouton) et si vous aurez une bonne position relative (c'est-à-dire par rapport au relanceur) en cas de tirage intéressant. Ce facteur est tellement important que vous devrez jeter des mains en mauvaise position que vous auriez jouées si votre position y était favorable. Pour autant, n'hésitez pas à tirer un peu sur la corde contre un joueur faible. A bien des égards, le Texas Hold'em No-Limit est un jeu difficile, auquel les joueurs faibles et les débutants n'ont que peu de chances de gagner, du moins sur la durée, et surtout lorsque les tapis sont profonds. Si vous avez un tel joueur à votre table, il est important de jouer plus de coups contre lui pour maximiser vos chances de lui prendre son tapis (avant que quelqu'un d'autre ne s'en charge!). Les connecteurs suités sont le type de main idéale pour se créer des opportunités face à ce genre d'adversaire, le type de main qui vous donne l'occasion d'extraire le maximum des erreurs qu'il ne manquera pas de commettre après le flop. Il vous faudra donc jouer ces mains un peu plus fréquemment que vous ne le feriez contre un joueur de plus haut niveau.

LE JEU AU FLOP

Une fois venues les trois cartes communes, votre main est définie. Vous avez soit complètement manqué, soit touché un tirage plus ou moins fort (ceci incluant les mains composées d'une paire), voire peut-être touché une très forte main faite, comme par exemple la suite max au flop, le nuts. Dans tous ces cas de figure,c'est la texture du flop, ainsi que la taille de la mise de votre adversaire qui vont principalement décider de la marche à suivre.
Tout d'abord, notez que même lorsque vous avez entièrement raté le flop, tout n'est pas perdu. En effet, si vous êtes connu pour jouer des mains un peu " farfelues ", et que le flop n'affiche que de petites cartes, il vous reste peut-être une chance. Avec la position, contre un joueur un peu timoré, qui checkera probablement au turn s'il n'a rien touché, vous pouvez de temps en temps suivre un continuation bet au flop, sans avoir rien touché, et aviser à la quatrième. Inutile de dire néanmoins que ceci n'est pas une ligne de jeu de tout repos, et il ne faut pas en abuser. De temps à autre, vous flopperez deux paires ou mieux (non, cela n'arrive pas qu'aux autres !). Dans ce cas, vous êtes probablement devant à ce stade du coup. La façon dont vous allez jouer votre main dépend là encore de la texture du flop. S'il nous est impossible de détailler ici tous les cas de figure, nous pouvons quand même esquisser un panorama des situations les plus cou- rantes et donner quelques règles de base. Si le flop est riche, il faut éviter d'embusquer votre main. En effet, vos adversaires ont peut-être des retirages contre votre main, et même si ce n'est pas le cas, il est plus probable qu'ils aient floppé assez pour vous donner un peu d'action. Le cas typique est lorsque vous avez floppé une petite couleur sur un flop composé de grosses cartes. Vous avez une main vulnérable, et il est fort probable que quelqu'un ait floppé une bonne main : n'hésitez donc pas à attaquer. Ensuite, si vous floppez un petit brelan ou une petite quinte, ne vous précipitez pas. A moins qu'il n'y ait une grosse carte au flop, il est probable que personne ne puisse supporter une grosse attaque sur un board composé uniquement de petites cartes. Assurez-vous que vous laissez à vos adversaires de la corde pour se pendre !
Enfin,de temps en temps, faites une énorme relance au flop lorsque vous avez touché gros et qu'il y a un tirage évident. Cela vous permettra de camoufler vos relances à tapis en semi-bluff (voir plus bas). Essayez cependant de ne faire ce genre de relance que lorsque vous avez de bonnes raisons de croire que votre adversaire a une bonne main (typiquement, vous pourriez jouer de la sorte contre un joueur serré qui a ouvert en première position, et qui a attaqué au flop : il a peut-être une grosse paire en main, et vous paiera s'il vous pense en tirage).
Avant de passer au cas le plus intéressant, considérons rapidement les mains composées d'une paire. Si vous jouez des connecteurs suités, vous n'aurez jamais une main du type " meilleure paire, meilleur kicker ".
Dans tous les cas où votre adversaire semblera prêt à jouer un gros pot, vous devrez probablement considérer votre main comme un tirage plutôt que comme une main faite. Mais le cas le plus courant et donc le important lorsque vous jouez des connecteurs suités est celui où vous floppez un tirage. Dans ce cas de figure, les données les plus importantes dans votre grille de choix sont la force de votre tirage, la cote immédiate qui vous est offerte, ainsi que la cote implicite.
Là aussi, les situations sont nombreuses, et il nous semble que le meilleur moyen de comprendre les différents plans de jeu possibles est de les illustrer au travers un certain nombre d'exemples.
Dans toutes les mains qui suivent, vous jouez une partie de No Limit à 5-10 euros. A moins qu'il n'en soit spécifié autrement, les joueurs en présence commencent le coup avec 1.000 euros de tapis.

Exemple 1 : le call semi-bluff.

Vous avez payé une relance à 30 euros pré-flop au Bouton avec 5 4s. Vous avez deux adversaires, et le flop vient: A 3 8. Le pot est de 105 euros. L'attaquant pré-flop (en position UTG+2, un joueur relativement classique et sans surprise) mise 60 euros, et le deuxième joueur passe. Quelle est votre décision?
La texture du flop n'est pas extraordinaire pour votre main. Vous avez un tirage de quinte ventrale (4 outs), et un backdoor couleur. Le flop comporte un As, et la mise de votre adversaire tend à représenter la paire max. Notez qu'étant donnée sa position pré-flop, votre adversaire pourrait très bien avoir une paire moyenne ou haute, sa mise n'étant alors qu'un standard continuation bet. La cote immédiate n'est pas suffisante pour suivre. Après la mise de votre adversaire, il y a 165 euros au pot, ce qui vous donne une cote de 2,75 pour 1. Vous jouez 4 cartes sur 47, soit une cote de 10,75 contre 1. La situation est moins claire lorsque l'on considère la cote implicite. Si votre adversaire a floppé un bon As, il y a des chances pour que vous preniez l'intégralité de son tapis (910 euros restants) si vous touchez quinte au turn. Si vous étiez certain de gagner ces 910 euros à chaque fois que vous toucher la quinte, votre cote serait en fait quasiment de 18 pour 1 ! Au total, la situation n'est pas simple à évaluer, d'autant plus que vous pouvez également toucher une couleur camouflée en backdoor.
Mais la clé du problème réside plus probablement dans le profil de votre adversaire. Celui-ci est plutôt prévisible, et il est donc fort probable qu'il checke au turn s'il n'a pas d'As. Dans ce cas de figure, il vous suffira de faire une mise conséquente au turn pour gagner le pot (sauf si vous faites quinte bien sûr, auquel cas votre objectif deviendrait d'extraire le plus d'argent possible du coup, peut-être en checkant).
Au final, vous êtes dans l'incertitude. Vous ne savez pas si votre adversaire à l'As, ou s'il fait un simple continuation bet. Mais dans les deux cas, vous avez une carte à jouer : la cote implicite s'il a une main forte, et le bluff s'il n'a pas touché l'As. Ces deux possibilités suffisent probablement à justifier un call. Notez en passant que si vous étiez hors de position, tout ce raisonnement s'effondrerait, car non seulement vous ne pourriez pas voler le pot au turn, et en plus vous auriez plus de mal à maximiser votre gain lorsque vous touchez la quinte.

Exemple 2

Vous commencez le coup avec 800 euros en position de surblinde, et payez une relance de 40 euros avec 8 9. Vous êtes quatre joueurs à voir le flop. Le flop est 6 5 A, vous donnant un tirage couleur et un tirage de quinte ventral. Le pot est de 165 euros, et vous checkez. Le relanceur pré-flop mise 100 euros, le joueur suivant paye, et le troisième joueur passe. Le pot est de 365 euros, quelle est votre décision?
Ici, la cote est plutôt attrayante, puisque la cote immédiate est de 3,65 pour 1, alors que vous avez jusqu'à 12 outs (4 contre 1). Ajoutez à cela la cote implicite, et il semble que suivre soit une option profitable. Pourtant, il y a deux problèmes. Le premier est que vous êtes hors de position, ce qui va rendre difficile la rentabilisation d'une éventuelle quinte ou couleur. Mais surtout, il y a un payeur derrière l'attaquant, et il y a un risque certain pour que celui-ci soit également sur le même tirage couleur, mais à une hauteur sans doute meilleure que vous. Ce n'est pas une situation si fréquente, mais si vous vous trouvez face à une autre couleur, il est probable que tout votre tapis disparaisse dans l'opération. Si le simple call reste profitable malgré tout, la situation n'est pas loin d'être mure pour un coup à la Brunson, avec une simple relance à tapis. En effet:
L'attaquant n'est peut-être qu'un continuation bet.
Même s'il a un As, il est possible qu'il passe contre votre relance à tapis, d'autant plus qu'il y a encore un joueur derrière lui.
Le payeur n'a pas relancé l'attaquant au flop, ce qui réduit les chances qu'il ait une main très forte.
Même si vous êtes payé par une main du type AR, vous avez encore presque 50% de chances de l'emporter.
Eu égard à la taille de votre tapis, la relance " à la Brunson " devrait suffire à éliminer les tireurs.

Note: dans une situation similaire ou vous auriez V 10 sur un flop de A K 3. il serait préférable de simplement payer, car votre tirage couleur est quasiment max, et il y a une forte probabilité que pour vous soyez contre une très forte main sur une flop comportant AR, vous assurant un gros gain lorsque vous touchez la quinte.

Exemple 3

Vous êtes de grosse blinde, et avez payé le joueur UTG à hauteur de 40 euros, avec 6 7. Votre adversaire a 700 euros de tapis restant, et c'est un joueur très serré et agressif. Le flop est 5 4 2. Vous décidez d'attaquer à hauteur de 30 euros dans un pot de 85. Votre adversaire relance à 110 euros, et vous allez au tapis. Votre adversaire passe deux Rois, craignant le brelan. Notez que même si votre adversaire paye avec RR, vous avez presque une chance sur deux de gagner.

Exemple 4

Le joueur UTG relance à 40 euros, un joueur en position moyenne suit,et vous payez avec 6 5 depuis le bouton. Les blindes passent. Le flop vient : 5 8 2. Le joueur UTG mise 100 euros et le joueur en position moyenne passe. Le pot est maintenant de 235 euros. Quelle est votre décision, sachant que vous suspectez très fortement le joueur UTG, qui est très solide, d'avoir une overpair ?

Votre cote est ici de 2,35 pour 1, et vous ne jouez probablement que 5 cartes, soit une cote de 8,4 contre 1. Néanmoins, vous avez probablement une bonne cote implicite. De plus, vous bénéficiez de deux tirages de quinte backdoor, et vous pouvez bluffer le coup si un troisième cœur tombe. Au total, vous avez assez de chances pour qu'un cali soit ici légitime.
Comme vous pouvez le voir, le jeu des connecteurs suités est relativement complexe, et demande un jugement assez fin après le flop, cumulant des considérations mathématiques (la cote immédiate) et psychologiques (estimation de la cote implicite et lecture des advetsaires). Ajouter progressivement ces mains à votre arsenal est un bon moyen de progresser. Au départ, nous vous conseillons de ne jouer ces mains que dans de très bonnes conditions, par exemple lorsque le ratio de tapis effectif sur relance est supérieur à 30. Plus tard, vous pourrez jouez ces mains dans des situations plus limites, voire jouer des mains encore plus faibles si la situation le justifie.

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