Perdre les pétales en jouant


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Deux heures du matin. Vous êtes tranquillement en train de jouer depuis quelques heures, et jusqu'ici la soirée se passe à merveille. Vous êtes détendu, de bonne humeur, satisfait de votre jeu, et avez monté votre tapis initial de 200 à 1000 euros. La fatigue se faisant sentir, vous vous apprêtez à arrêter. Et là, catastrophe : votre brelan d'As est battu sur la river quand votre adversaire touche le seul et unique out qui lui donne une quinte flush. Evidemment, tous vos jetons y sont passés. Agacé, vous vous recavez et perdez de nouveau contre le même joueur. Une heure plus tard, vous avez épuisé votre portefeuille sans même avoir eu le temps de réaliser ce qui vous était arrivé. Un scénario familier ?

Le tilt dans le détail

Le tilt est un état psychologique particulier pendant lequel le joueur affecté perd littéralementles pédales. On ne parle pas ici de jouer un peu moins bien ou un peu plus large qu'à son habitude. C'est bien plus grave que ça. Un joueur en tilt a disjoncté au point de suivre ou de relancer avec des mains qu'il aurait couchées au premier coup d'œil dans son état normal. Le joueur en tilt ne réfléchit plus à ce qu'il fait et prend ses décisions sur le coup de la colère, de la frustration, de l'émotion. Il ne calcule plus les cotes avant de suivre une mise et imagine que ses adversaires le bluffent tout le temps. Quand il ne réussit pas ses tirages, il bluffe presque systématiquement, c'est-à-dire beaucoup trop souvent. Malheureusement, ça ne finit pas là. Le plus grand danger pour un joueur en tilt est qu'il ne sait plus s'arrêter. Il va se recaver et se recaver encore dans des proportions qu'il ne se permettrait pas dans son état normal. Il ne faut pas oublier que le poker est un jeu où l'on gagne en cumulant de petits avantages qui se concrétisent sur le long terme, là où la chance n'a plus d'effets. Perdre une grande partie de votre bankroll sur une session où en plus vous jouez mal est le pire qui puisse vous arriver. Et la recette pour un tel désastre est simple : TILTER ! Très logiquement, une session jouée sous l'emprise du tilt se conclut en général sur la perte d'une somme d'argent bien supérieure aux mises habituellement engagées. Rien de pire pour un joueur de poker ! Les facteurs favorisants les plus répandus sont nombreux, mais au premier rang de ces causes se trouvent bien évidemment les bad beats. Le risque de tilter augmente avec leur nombre, leur fréquence et la taille des pots concernés, et son ampleur est susceptible d'être décuplée si ces bad beats vous sont infligés par un joueur désagréable ou que vous n'aimez pas. La frustration est une autre cause fréquente de tilt, par exemple quand vous n'avez pas de bonnes cartes ou quand un joueur très agressif vous vole toutes vos blindes. La fatigue, la lassitude ou le stress auront également tendance à vous faire tilter beaucoup plus facilement que si vous étiez reposé et détendu. Attention aussi à l'excès d'alcool : rien de mieux pour brouiller votre lucidité et vous rendre irritable ! De même, les problèmes personnels et sentimentaux, les disputes familiales ou amoureuses rendent les joueurs extrêmement nerveux et donc plus propices à tilter. Une dernière cause enfin, et pas des moindres : jouer des mises trop grosses par rapport à son bankroll. Dans le jargon du jeu, on appelle ça " jouer avec l'argent du loyer ". A bannir absolument !

Les remèdes

Tout d'abord, il faut identifier les causes et les circonstances spécifiques qui, chez vous, favorisent le tilt. Ce n'est certes pas une démarche aisée, car elle nécessite une introspection, une analyse lucide de votre personnalité et vos faiblesses, mais néanmoins indispensable quand on a l'ambition de pratiquer le poker à un certain niveau et avec succès. Ensuite, fixez-vous comme règle inviolable de ne jamais jouer quand ces conditions sont réunies. De façon plus générale, il faut s'astreindre et même se contraindre à ne pas jouer quand on n'est pas en état, physique ou émotionnel. Fatigue, alcool, choc émotionnel récent, problèmes d'argent doivent vous tenir à l'écart des tables de poker jusqu'à ce que votre situation se soit arrangée. Or, il faut bien reconnaître que la plupart de ces facteurs ont une tendance naturelle à inciter un joueur de poker à jouer ! Car quoi de plus simple que de se réfugier dans le jeu quand tout va mal par ailleurs ? Le jeu comme dérivatif à la misère humaine, un grand classique que ne renierait pas un Dostoïevski... Mais jouer au poker pour se remonter le moral ou pour oublier ses ennuis n'est jamais une bonne idée. Si vous gagnez, peut-être ressortirez-vous de votre session le cœur un peu plus léger ; mais si vous commencez à perdre, alors la machine infernale peut se mettre en branle et plus rien ne pourra l'arrêter. Rien de nouveau ici : le poker est un jeu difficile qui demande du sang-froid et une bonne maîtrise de soi. En cours de jeu, tâchez de rester positifs après une mauvaise série et ne blâmez pas les autres pour ce qui vous arrive. Si vous pensez que le dealer vous fait perdre,que les cartes sont contre vous, ayez la lucidité de reconnaître que vous êtes en train de tilter !

Encore pire sur Internet

Pareil sur Internet : s'il vous vient à l'esprit que le site ne tire pas les cartes au hasard et favorise les autres joueurs à vos dépends, c'est qu'il est vraiment temps d'arrêter ! Surtout, ne restez à la table que si vous êtes en mesure de jouer votre meilleur jeu. Si vous êtes meilleur que votre adversaire et continuez à jouer mieux que lui, vous récupérerez forcément votre argent sur le long terme. Mais l'idéal est encore d'admettre que vous êtes mentalement affecté, que par conséquent vos capacités de jeu et d'analyse sont diminuées, et qu'il vaut tout simplement mieux quitter la table. N'oubliez pas que les tables et leurs joueurs seront toujours là demain... et qu'il vaut toujours mieux s'arrêter gentiment perdant et rejouer plus tard dans de meilleures conditions, plutôt que de persister dans un schéma destructeur et finir la soirée dans la zone rouge. Ce qui sépare les gagnants des perdants tient parfois à peu de chose. Ce qui est sûr, c'est que la gestion du tilt en fait partie. Les grands joueurs sont passés maîtres dans l'art de gérer leurs émotions. Ils ne tiltent plus que rarement, mais quand ça leur arrive (car, ne nous mentons pas, tout le monde tilte il, ils savent le reconnaître et parviennent ainsi à en limiter les effets.

Le joueur en tilt a ceci de particulier qu'il persiste à se recaver alors même qu'il sait pertinemment qu'il va continuer de perdre. En live, le fait d'avoir à retourner au distributeur ou à sortir son chéquier pour obtenir des jetons peut quelquefois être salvateur. Mais sur Internet, un click et vous voilà recavé. Pas le temps de réfléchir, de réaliser ce que vous faites. Tout est virtuel, les billets n'existent pas plus que les jetons, anéantissant ainsi toute notion d'argent. C'est la porte ouverte au désastre, car vous êtes facilement susceptible de perdre plus que vous ne pouvez vous le permettre.
La solution ?
Ne jamais avoir plus de 5% de votre bankroll sur votre compte Internet. Au-delà d'une perte de cette ampleur en une seule et unique session, les effets psychologiques peuvent affecter votre jeu durablement.

Profiter des joueurs qui tiltent

Tout concept a son yin et son yang. Désastreux lorsqu'il vous affecte, le tilt peut s'avérer très lucratif lorsqu'il atteint un ou plusieurs joueurs à votre table. Car ces joueurs-là, comme tous les joueurs en tilt, paieront très souvent vos bonnes mains et essaieront de vous bluffer bien au-delà du raisonnable. Il y a donc deux règles d'or lorsque vous jouez contre des joueurs en tilt: la première est de diminuer la valeur de vos mains pour les suivre quand ils misent ou relancent, et la seconde est de ne surtout jamais les bluffer (car il vous suivront tout le temps). Il existe même des techniques spécifiques pour maximiser ses profits face à un joueur en tilt. Vous pouvez par exemple essayer de l'isoler. Isoler un joueur consiste à relancer avec des mains plus marginales qu'à votre habitude dans le but de faire coucher les autres joueurs pour vous retrouver en tête à tête avec votre cible. Par exemple, vous avez une main intermédiaire au bouton, mettons AV dépareillés ou une paire moyenne. Un joueur en tilt relance le pot et il est suivi par un autre joueur. Cet autre joueur est assez conservateur et vous pensez qu'il se couchera si vous relancez, alors que le joueur en tilt, lui, vous suivra avec n'importe quelle main. Ce faisant, vous avez fait passer le seul joueur qui aurait pu rester légitimement dans le coup pour vous retrouver face à un joueur qui a une main probablement moins bonne que la vôtre. Donc avec l'opportunité d'un gros gain à la clé... Vous pouvez aussi laisser le joueur en tilt miser pour vous. Lorsque vous avez une main de premier ordre et que le joueur en tilt est à votre gauche, saisissez l'occasion de faire un check-mise. Non seulement vous le piégerez à coup sûr, mais vous risquez même d'attraper un ou deux joueurs qui suivront la mise du joueur en tilt simplement à cause de son état, alors qu'ils n'auraient pas suivi une enchère de votre part. Attention toutefois à ne pas abuser de l'aubaine ! En effet, pratiquée à l'excès, l'attaque de joueurs en tilt peut s'avérer être un jeu dangereux. D'abord, vos adversaires peuvent finir par s'en rendre compte, et vous tendre des pièges à leur tour. Ensuite, les pots générés dans une lutte avec un joueur en tilt sont souvent très gros et peuvent vous faire très mal si vous les perdez. Dans ce cas, prenez garde à ne pas tilter à votre tour; car le tilt est une maladie contagieuse !

Le tilt comme stratégie de jeu une réalité

Faire tilter les autres fait partie intégrante de la stratégie de certains. Dans la panoplie de ces petits rusés, tout un arsenal de techniques propres à transformer le plus pacifique des joueurs en véritable enragé ! Du trash talk au jeu volontairement erratique en passant par la provocation pure et simple, tout y est. Ainsi, la méthode la plus courante et la plus violente est le recours au trash talk. Ceci est particulièrement vrai sur le Net où les insultes fusent dans la chat box. Bien au chaud derrière leur écran, ces joueurs au langage fleuri ne connaissent bien souvent aucune limite. Aux tables réelles, les attaques peuvent être directes, liées à la partie en cours ou même à des coups passés. Ces joueurs aiment à montrer leurs bluffs, mettent en doute vos talents en matière de poker, questionnent votre courage, pariant sur le fait que votre orgueil blessé affectera votre jugement par la suite.

D'autres, plus stratégiques, entrent avec des mains plus que marginales en début de partie dans le seul but de vous tromper sur leur niveau de jeu. Avec cette méthode, ils sont gagnants sur les deux tableaux: dans le cas où ils perdent quelques coups et montrent leur main, vous serez tentés de relâcher votre attention, de desserrer votre jeu quand vous les affrontez, bref, de les considérer comme des adversaires inoffensifs; ils peuvent dès lors se remettre à jouer leur meilleur jeu pour vous tomber dessus. Et s'ils venaient, par chance, à vous battre avec des mains sorties de nulle part, il y a de fortes chances pour que vous vous énerviez et passiez très vite en mode " tilt" ...
D'autres sont plus subtils encore. Ils ralentissent le jeu pour vous exaspérer, jouent avant leur tour de parole, mais sont les premiers à se plaindre dès que vous prenez un peu de temps pour réfléchir. Le tout dans un seul but : vous faire perdre votre sang-froid et votre patience pour vous faire déjouer.

Ne tombez surtout pas dans le panneau. La meilleure réponse à ces diversions insidieuses sera toujours de garder votre calme et de continuer à analyser le jeu de vos adversaires rationnellement, sans tenir compte de leurs propos et de leurs feintes. Vous finirez même par acquérir un ascendant psychologique substantiel sur ce type de joueurs, qui ont tendance à tilter eux-mêmes quand ils s'aperçoivent que tous leurs stratagèmes sont vains. Quoi qu'il arrive, ne soyez pas tentés par cette stratégie. De telles manœuvres, peu élégantes et peu éthiques, sont à proscrire de votre jeu. D'abord parce que le poker est un sport, avec tout ce que cela implique de noblesse et de fairplay. Ensuite parce qu'une attitude positive est la meilleure façon de bien jouer tout en passant un bon moment. Et enfin, parce que l'une des conséquences d'une ambiance détestable à une table est de faire partir les mauvais joueurs, ceux-là même qui devraient être traités le mieux possible, étant vos cibles de prédilection.

Le bad beat qui dure : le cycle infernal

Personne n'est à l'abri de longues périodes de pertes causées par un bad beat durable. Même si vous êtes un bon joueur, généralement gagnant, le poker reste un jeu volatile ou la chance a son mot à dire sur le court terme. Malheureusement, le court terme dure parfois plus longtemps que ce que l'on souhaiterait... Ces situations, légitimes au regard des statistiques, mettent néanmoins les nerfs à rude épreuve et augmentent sensiblement le risque de tilter.

Une solution

Pour passer au travers de ces périodes de "malchance" sans être obligé de revendre sa voiture, vous devez être plus prudent qu'à l'accoutumée. La solution serait de diminuer les limites auxquelles vous jouez, au moins pour un temps, ou même faire une pause de quelques jours. En effet, après plusieurs jours de pertes significatives, vous risquez de devenir insensible à des pertes qui, en temps normal, vous auraient accablé. Quelques jours de pause peuvent vous aider à regagner non seulement une certaine sérénité, mais aussi et surtout la notion de l'argent, primordiale quand on est joueur.

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