J'en connais plus d'un qui va faire un bond de 3 mètres sur sa chaise en lisant ce titre. Comment, la chance pure n'existe pas? Et le bad beat que je me suis pris en pleine figure hier, qu'est-ce que c'est? Vous l'avez Compris, ce titre n'a qu'un intérêt: soulever la polémi- que. Car mon avis est que la chance pure n'existe pas. Quand un joueur relance all-in parce qu'il a un petit tapis et trouve un payeur, il peut avoir la "chance" de trouver la carte qui le fait gagner. Seulement voilà : pour moi, ce n'est pas de la chance pure. Pourquoi ? Parce qu'il a pris un risque à ce moment-là, le risque de mourir. Il a attaqué le coup, et si personne n'avait payé, il l'aurait gagné sans abattre. Au lieu de cela, il a trouvé un payeur, donc un ennemi qui accepte le combat. En relançant all-in, le joueur est donc allé cherlcher sa chance, il s'est jeté dans la bataille, il a payé les cartes. Dès lors, le fait qu'elles le fassent gagner, même dans le cas d'une coïncidence invraisemblable (par exemple, l'adversaire fait couleur et le relanceur fait full à la river) ne relève pas de la chance pure. C'est le sens de ce titre.
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J'avoue que ce titre relève aussi d'une façon "aérée" de voir le poker. Dans mes séminaires,. nombreux sont mes étudiants qui avouent avoir une faiblesse: celle de se prendre trop à leur jeu, celle de ne pas avoir analysé proprement une situation cruciale où il était évident, à froid, qu'ils ne devaient pas payer une relance verse ni contre-attaquer - et pourtant, ils l'ont fait, « enportés par leur, élan» en quelque sorte. Quand un coureur cycliste a le nez dans le guidon, il peut pédaler plus vite que les autres, il ne voit pas autour de lui et peut se prendre un mur à tout moment. Un autre coureur, moins rapide que lui mais qui relèvera le nez de son guidon pourra anticiper, répartir son effort en fonction de la portion de route qu'il voit devant lui, en fonction de la pente, des coureurs qui le suivent, etc.
Mes élèves tombent sauvent dans le piège de ne pas avoir assez d'altitude dans leur jeu, de ne pas assez « aérer» leur jeu. C'est pourtant essentiel. Car quand vous appliquez cette philosophie, vous ne subissez plus les bad beats. Vous les rencontrez, ils vous tuent ou ne vous tuent pas, mais ils ne vous brûlent pas les chairs après fait leur sale boulot. Parce que vous intégrez dans votre propre jeu le facteur qu'on appelle le facteur chance. Du même coup, n'étant plus une menace exogène mais une variable faisant partie de votre équation pokérienne, il fait partie du jeu et vous ne le subissez plus car vous l'anticipez en permanence. Cet état d'esprit est essentiel au poker no limit si on veut survivre nerveusement aux cartes subies. Quand vous vous engagez dans un long tournoi qui va durer une douzaine d'heures ou trois jours vous allez forcément subir des revers de chance, Si vous avez intégré le fait que ces événements faisaient partie du jeu et que tous les joueurs étaient égaux devant eux, vous ne les craindrez plus et vous en souffrirez beaucoup moins quand ils séviront.
Prenons un exemple simple. Vous possédez un tapis de 1 000 $, il reste huit joueurs et vous détenez J-1 0 dépareillés. Vous êtes au big blind et seul le small blind suit. Vous décidez de ne pas relancer. Le flop arrive: A-Q-9 rainbow. Le small blind est un joueur agressif. Il n'a probablement pas l'As car il aurait relancé pour voler votre big blind. Pour la même raison, il n'a probablement pas non plus brelan. Mais il peut posséder une Dame ou un Neuf en main... voire les deux. Il a un tapis de 2 500 $. Le pot est de 200 et le small blind décide d'ouvrir à 400. Cette ouverture Supérieure au pot est une tactique répandue qui plonge généralement dans l'embarras celui qui la subit. Mais vous avez votre tirage à quinte. Si un Roi tombe au tableau, vous avez la quinte max. Idem si c'est un Huit. Si c'est un Valet, la situation n'est pas désespérée. Mais vous savez une chose: vous n'avez absolument pas la cote ici pour vous limiter à payer l'ouverture. Pour compenser ce manque, vous pouvez relancer all-in. Contre un joueur agressif, c'est ce qu'il faut faire. Car s'il n'a rien, il va de toute façon passer. Donc vous relancez all-in. Comme je ne raconte pas une histoire mais un exemple, je ne vous dirai pas ce qui tombe au tableau. Mais vous savez maintenant, dès l'instant où vous prononcez la formule magique « all-in », que vous repoussez votre adversaire dans ses derniers retranchements:
- vous réduisez son choix: il doit payer ou jeter ses cartes;
- s'il passe, vous ramassez un pot qui vous fait passer de 1 000 $ à 1500 $;
- s'il paie, il vous reste 32 % de chance de toucher quinte, plus les brelans possibles.
Mathématiquement parlant, on pourrait affiner le calcul en incluant la « propension à payer prévisionnelle» de l'adversaire. Ce sera l'objet d'une autre leçon. Vous savez que vous ne jouez pas seulement les cartes mais le joueur. S'il paie, vous allez subir turn et river - mais vous savez qu'il n'est pas certain qu'il paie. Et même si vous voyez turn et river, vous n'êtes pas perdu. S'il possède Q-1 0, par exemple, vous êtes mal parti mais rien n'est perdu car il ne vous confisque pas de carte pour compléter votre quinte. 9-8 est moins bon pour vous car il vous confisque un Huit.
La question qui vient ici est: maintenant que vous avez décidé de relancer ail-in, s'il paie et si vous finissez quinte gagnante, jugerez- vous que vous avez eu de la chance ou non? Réfléchissez bien avant de répondre et mettez-vous bien dans la peau du personnage. Vous avez un petit tapis, le flop vous donne un bon tirage, l'adversaire agressif fait une grosse relance... n'est-ce pas le moment rêvé pour faire ali-in ? Toucher un Huit ou un Roi à la turn ou la river ne fait-il pas partie intégrante de votre plan ? Évidemment si. Donc en relançant ali-in ici, vous ne cherchez pas de la chance, avant tout parce qu'il n'est déjà pas certain que l'adversaire vous paie. Si vous touchez ce Huit ou ce Roi, c'est parce que vous aurez été le chercher en attaquant délibérément le coup, et non parce que vous l'aurez regardé tomber comme on regarde une boule tomber dans une case du cylindre de la roulette. Mais allons plus loin et inversons les rôles. Mettez-vous à la place de l'adversaire. Vous possédez Q-9, soit deux paires au flop et vous possédez 2,5 fois le tapis adverse. Vous savez qu'en gardant votre image d'agresseur, donc en ouvrant plus haut que le pot au flop, vous incitez l'adversaire à payer voire à faire tapis. Vous constatez qu'il relance à tapis, et vous suivez car vous avez deux paires.
Posez-vous maintenant cette question: au vu des cartes de l'adversaire (tirage à quinte), vous savez qu'un Huit ou un Roi à la turn ou à la river vous fait perdre. Vous savez que n'importe quelles autres cartes vous font gagner (hormis J-J et 10-10, qui lui donnent brelan). Mais vous voyez maintenant que l'adversaire vous provoque avec son tirage à quinte. Vous mesurez le danger, et bien avant que le donneur ne pose la carte suivante, vous savez qu'un Huit ou un Roi vous condamne (cas de full mis à part). Vous le savez tellement bien que, là encore, si cette "carte qui tue" tombe, vous ne le vivrez pas comme une chance pure de l'adversaire (ou comme une malchance pure pour vous-même) mais comme une éventualité qui fait partie du jeu. Parce que vous avez déjà vécu des événements proches dans cette situation et que vous savez que faire quinte quand on a tirage au flop arrive en gros une fois sur trois.
La chance pure n'est vue comme telle que par les joueurs qui n'ont pas intégré la dimension analytique du poker. Ne vous leurrez pas, cela représente à peu près 90 % des joueurs actuels... autrement dit, les joueurs qui en sont restés à une performance monolithique en matière de combinaisons, les joueurs qui demeurent esclaves des cartes alors qu'il est tellement bon de les esquiver au profit du décryptage des adversaires.